Au IIe siècle, l’écrivain grec Artémidore d’Ephèse a étudié plus
de trois cent rêves dans une démarche scientifique et utile. Dans son ouvrage Onirocriticon, il fait une distinction entre les rêves spéculatifs, ayant un sens littéral et les rêves allégoriques qui s’expriment par symboles. Quant au rêve divinatoire, il est divisé en deux grandes catégories : la première est constituée par les songes théorématiques, où la vision coïncide avec son accomplissement, comme de rêver qu’un ami lointain vient vous rendre visite et que celui-ci arrive justement le jour suivant. Dans la deuxième catégorie, les songes signifient certaines choses au moyen d’autres éléments symboliques, comme celui qu’il fit lui-même où il vit un grand essaim d’abeilles et qui correspondait à une forte somme d’argent reçue quelques temps plus tard. Freud
a contribué à réhabiliter Artémidore, même s’il s’en est écarté radicalement quant à la valeur des songes.
Philosophe néoplatonicien du Vè
siècle, Synésios de Cyrène (370 - 414) étudia aussi les rêves pour «prouver que cette science n’est pas à dédaigner, qu’elle mérite au contraire qu’on s’y applique, pour tous les avantages qu’on peut en retirer» et conclut dans son traité intitulé Les songes, que la sagesse pouvait naître de la connaissance de l’avenir par l’intermédiaire des rêves. «Si les songes prophétisent l’avenir, si les visions qui se présentent à
l’esprit pendant le sommeil donnent à notre curiosité quelque
indice pour deviner les choses futures, les songes doivent être
tout à la fois vrais et obscurs, et c’est dans leur obscurité même
que réside la vérité.»
Plus près de notre époque contemporaine, si les rêves prémo
nitoires d’une mort annoncée sont nombreux, il existe égale
ment d’autres témoignages d’avertissement.
Vers la fin de l’année 1916, pendant la Grande Guerre, le
professeur Charles Richet fit passer une note dans le bulle
tin des armées pour demander aux combattants, officiers
et soldats, de communiquer des évènements qualifiés de
métapsychiques. Un capitaine de chasseurs alpins témoigna
que, dans l’attaque du Chemin Creux en Maurepas le 3 sep
tembre 1916, un sous-lieutenant fut touché par une balle aux
deux bras et quitta la ligne de front pour aller se faire soigner à
l’arrière. Or, cet homme manqua à l’appel quinze jours de suite.
On le porta disparu. Dans ce même temps de recherche, dans
la nuit du 18 au 19 septembre 1916 alors que le 13è bataillon
revint sur la ligne, un sous-lieutenant, ami du disparu, rêva de
celui-ci agonisant dans un trou d’obus au bord d’un chemin
creux, sous un saule et reprochant violemment à son ami de
le laisser mourir sans secours. Obsédé par ce rêve, il demanda
la permission à son supérieur de faire une enquête. Au pied
d’un saule, il retrouva un petit panneau où était écrit : «Ici deux
soldats français». Rien ne pouvait faire soupçonner la présence
du corps de son ami et pourtant, en creusant c’était bien lui qui
avait été inhumé là depuis quinze jours environ.
Mark Twain, l’auteur de Tom Sawyer, alors âgé de vingt ans,
rêva de son frère Henry, mort, allongé dans un cercueil métal
lique, placé entre deux chaises, dans le salon d’une maison.
Un bouquet de fleurs blanches orné d’une unique fleur rouge
en son milieu était posé sur sa poitrine. Ce songe pénible fut si
fort que Mark Twain crut véritablement au décès de son frère.
Quelques semaines plus tard, les deux garçons remontaient
le Mississipi sur un bateau à moteur qui explosa, faisant des
dizaines de morts. Mark fut miraculeusement rescapé de cette
catastrophe, mais son frère périt. En se rendant auprès de
lui pour se recueillir, Mark put voir le corps reposant dans un
cercueil métallique et placé entre deux chaises, dans le salon
d’une famille de Memphis. Il avait sur la poitrine un bouquet de
fleurs blanches avec, en son centre, une rose rouge.
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